Angélica Liddell: La casa de la fuerza (La Maison de la force)

Puta de Mierda! - "Le bolchévisme de la chatte"

« Dans La Maison de la force, le défi est de me survivre à moi-même. Pas de médiation, pas de personnage. Rien que la pornographie de l'âme ». (Angélica Liddell)

D'après Rue89, Madame Angélica Liddell « ringardise à elle toute seule plus d'un des spectacles programmés cette année au Festival (d'Avignon) ».

D'après La Bâtie, festival dans le cadre duquel nous avons vu ce spectacle hier soir, « Un coup de poing, une performance monumentale, une crucifixion : Avignon 2010 ne trouvait pas de mots assez fort pour décrire le choc ressenti par le public de ce spectacle fleuve. Au nom de la violence faite aux femmes dans le monde, au nom des corps maltraités, battus, violés, tués, Angelica Liddell crie, court, saigne, s’arrache les cheveux, porte des charges énormes, porte la douleur du monde. Point d’orgue de cette charge enragée, le féminicide qui sévit au Mexique et que l’Espagnole jette à notre face avec cinq autres comédiennes. Une odyssée théâtrale exceptionnelle, où alternent brutalité physique et poésie pure. Timorés s’abstenir. »

Ces deux extraits illustrent bien le spectacle - même si Mme Liddell ne s'arrache plus les cheveux, sans doute une concession à l'âge qui frappe et semble fort la navrer.

Brutal, cliché, long, banal. Ecorchée vive à la sauce Facebook (elle se taillade vaguement les genoux et en macule des mouchoirs de coton aussi blancs qu'ibériques), elle joue sur des contrastes aussi fins que nuancés: blanc/noir, blanc/rouge, cri/silence. Dénonçant le féminicide (le terme est consacré) de Ciudad Juárez, son nouveau spectacle intitulé Maudit soit l’homme en dit long sur sa vision du monde - partagé entre femmes victimes, machos assassins et les rares exceptions: des violoncellistes castra executant inlassablement - mais, il faut bien l'avouer, avec brio - le Cum dederit de Vivaldi ou des body-buildés au visage poupon, sans doute la nitzschéenne métaphore de cette génération future et incestueuses de fils qu'appelle Mme Liddell - qui, dans la vie privée, déteste la (sa?) famille et dit ne pas vouloir d'enfants.

Faut-il vraiment que nous traversions un moment de vide / de petchi intellectuel et artistique pour trouver cet étalage de pornographie (c'est pas moi, c'est Madame Liddell qui le dit) extraordinaire? Bon, ceci dit, ce n'est pas tant le spectacle que j'ai trouvé indigent (il y a même de petites merveilles, même si elles sont bien cachées), c'est plutôt la réputation surfaite - et ces afficionados de la Bâtie applaudissant debout. Ce que j'ai surtout aimé, ce sont les odeurs (dans l'ordre: bière chaude, fleurs fanées, charbon).

La recette de la pièce qui fait le buzz:

- trois nanas body-buildées; - trois mamas prétendûment (?) mexicaines; - une bande de mariachis (excellents); - répéter chaque phrase à 4 reprises; 5 pour celles que l'on veut vraiment voir retenues (pas marché avec moi); - un violoncelliste castra (excellent, au demeurant); - quelques hectos de bière espagnole, en bouteilles de 25cl; - des bouquets de fleurs fatiguées; - une lecture zarbi de la Cerisaie, limité à une vague idée et quelques bouts de phrase (il faut vivre... Olga... Aller au Mexique). Pauvre Tcheckov. - 1 tonne de charbon; - des canapés (sans doute pour une mise en abŷme aussi subtile qu'efficace - Mme Liddel pourra toujours se convertir au déménagement, le jour où elle n'aura plus les faveurs de la critique); - un énorme bodybuildé au faciès néoténique (merci à Masse pour le concept); - une maxi-dose de Schopenhauer (cité sur [son site|http://www.angelicaliddell.com/);

Mélanger le tout, arroser d'un supplément de sollipsisme. Servir tiède. Ne pas consommer - il faut juste observer pour voir si les autres vous regardent. Jeter ensuite discrètement dans une plante grasse, au moment où vous êtes sûr que personne ne vous regarde (si c'est possible).

Un passage marrant que je viens de lire et qui me semble bien aller pour ce spectacle:

On a blâmé Conrad, dans le Typhon, d'avoir escamoté le plus fort de la tempête. Je l'admire au contraire d'arrêter son récit précisément au seuil de l'affreux, et de laisser à l'imagination du lecteur libre jeu, après l'avoir mené, dans l'horrible, jusqu'à tel point qui ne parut dépassable. Mais c'est une commune erreur, de croire que le sublimité de la peinture tient à l'énormité du sujet.

André Gide, Voyage au Congo, Gallimard 1927, p. 21

Angélica Liddell a fondé sa compagnie en 1993. Son nom : Atra Bilis. Soit l'humeur épaisse et sombre dans laquelle les médecins de l'Antiquité voyaient la cause de la mélancolie. Elle a écrit et joué -les deux sont chez elle indissociables- une vingtaine de pièces.

  • Le site officiel de Madame Liddell, où l'on verra un (son?) coeur battre - un must du bon goût et une citation de Schopenhauer

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  • Dernière modification: 2019/03/01 07:25
  • par radeff