voir aussi: Les remplacements automatiques avec ereg / regexp dans le cas des apostrophes et des guillemets

[18:24:44] Andre L.: Ceci dit, je je ne suis pas sûr que tu aies besoin d'un article. Le principal principe, c'est qu'en journalisme on utilise cette fameuse pyramide inversée, c'est à dire qu'on met tout l'important, le nouveau et l'actuel au début, et le reste, le contexte après. On n'utilise en général pas un genre chronologique. On renverse plutôt la chronologie, on commence par le plus récent, et on explique après le contexte qui donne du sens.

source: http://www.cybertribes.com/lisibilite.html

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LES LISIBILITES

Les facteurs qui influent sur le déchiffrement d'un imprimé, la facilité et la rapidité de sa lecture sont multiples. "Tout lire", ça ne veut rien dire. Il y a de multiples niveaux de lecture dépendant de la visibilité/lisibilité de l'objet imprimé.  Nécessité des choix (toujours relatifs à l'intérêt du lecteur) :  - parmi les publications (librairie, kiosque, bibliothèque)  - à l'intérieur d'une publication / d'une rubrique, d'une page ou d'un article. 

Lisibilité globale  La lisibilité globale favorise une lecture "périphérique". Quel que soit l'objet imprimé, on lit d'abord ses formes de présentation et d'introduction.  C'est la lecture des titres, sous-titres, du sommaire ou le texte de présentation situé au dos, ou alors de la table des matières, des index ... ou encore du thesaurus (index explicatif mettant en relation les notions)  Cette lecture apporte :  - une information synthétique sur le fond et la forme du document  - une information analytique sur les questions abordées, sur la structure du document.  Ex. bibliographie, index des noms, index thématique.  On peut ainsi, "à première vue", se faire une idée d'un journal, de son originalité, de sa cohérence.  « Faites emmerdant, Messieurs, faites emmerdant » : recommandation du fondateur du Temps (ancêtre du Monde) qui voulait que son journal paraisse fiable, sérieux. 

Lisibilité discontinue  La lisibilité discontinue doit faciliter une lecture de consultation. C'est une activité d'extraction : on lit en fonction de choix et de besoins.  La page d'un journal doit être un espace favorisant ce type de lecture : une surface morcelée qui suppose une lecture discontinue (horizontale, verticale ou en diagonale). Le lecteur s'arrête, lit un passage, tourne une page, cherche, revient en arrière... 

 Faciliter la lecture par l'habillage de l'information - la typographie foisonnante du support permet une lecture de consultation. Dès la première page, le lecteur trouve des indications sur l'essentiel du contenu du journal. En feuilletant, il se retrouve facilement grâce à des "éléments de repérage" à commencer par les titres de rubriques.  - la titraille : l'ensemble des titres, intertitres, sous-titres annonce la structure globale du contenu, permet de découvrir l'argumentation, hiérarchise l'appréhension des informations.  Par la force des caractères utilisés, ils se détachent ou jaillissent de la page pour permettre un repérage rapide.  Par leurs dimensions respectives, ils organisent et hiérarchisent l'information

  Lisibilité continue  La lecture continue est une activité d'assimilation : on lit des chapitres entiers, au rythme d'unités (dont nous avons déjà parlé) pour avoir une compréhension graduelle de l'ensemble.  C'est la lecture de A à Z d'un article. Qu'est-ce qui peut la faciliter ? - la mise en page (encadré, illustration, etc.)  - qualité de la typographie (famille, taille des caractères)  - texte aéré, composé de nombreux paragraphes, etc. 

  La lisibilité linguistique va jouer aussi un grand rôle, nous allons le voir. Mais avant tout, c'est l'intérêt du lecteur qui est ici l'élément clé : c'est ce qui le pousse à lire tel article in extenso. S'il ne se sent pas concerné par le sujet, il n'y a aucune raison pour qu'il se plonge dans la lecture de l'article.     

LA LOI DE PROXIMITE

    On ne peut jamais séparer la forme du fond. En matière de presse, la visibilité et la lisibilité de l'information ne sont pas séparables du contenu de l'information. Si l'on veut capter l' attention du lecteur, il vaut mieux traiter de sujets qui l'intéressent. Le journaliste doit toujours se poser la question : "Cette information peut-elle intéresser mon lecteur ? Quels sont les aspects qui vont le toucher le plus ?"  Il faut donc essayer de connaître les attentes du lecteur.  Nous nous intéressons en priorité à ce qui nous concerne, ce qui est proche de nous. C'est ce qu'on appelle "la loi de proximité".  La loi de proximité permet d'apprécier l'importance de l'information en fonction des habitudes des lecteurs et de leurs besoins.   

On distingue plusieurs aspects :

1. proximité temporelle :  Les exigences de l'actualité : le présent est prioritaire par rapport au passé, mais il s'efface devant l'avenir. L'avenir immédiat l'emporte sur le passé immédiat. L'information "à chaud", "sur le feu", "brûlante" (ou "fraîche" ?) est toujours meilleure. 

2. proximité géographique : la "loi du mort-kilomètre"  Un mort près de chez vous a plus d'intérêt que deux morts dans une autre ville, dix dans un pays voisin et un million dans un pays lointain, pauvre et méconnu (Rwanda). La multiplication des moyens d'information change-t-elle réellement cette loi? 

3. proximité affective : "l'intérêt humain"  Concerne la "nature humaine", "les passions humaines", la vie quoi ! Le sexe, la mort, la souffrance, la santé, la maladie, l'argent, la violence... voilà des thèmes largement exploités par toute la presse :  L'Événement du jeudi : "Pourquoi le cul fait vendre" (titre de couverture)  Nouvel Observateur : "Les nouveaux comportements amoureux des Français" (augmentation de 57 % de ses ventes sur Paris).  Cette proximité englobe aussi les grandes questions humaines (Dieu, la liberté, la connaissance) : bébé-éprouvette, euthanasie, drogue / sida... 

4. proximité sociale : socio-culturelle ou socio-professionnelle  "Qui se rassemble s'assemble". Un titre de presse fait l'accroche en fonction de son lectorat : d'un pays à l'autre, d'une région ou d'une ville à l'autre, d'une catégorie sociale à l'autre... Quelques otages français en Algérie nous affectent bien plus qu'une centaine en Russie (prise d'otages par les Tchétchènes)  Le Point titre régulièrement sa Une sur le salaire ou les loisirs des cadres (pas ceux des employés de maison)  Libération parle plus des "Beurs" et des "Blacks" que... Jours de France 

Autres manières de "toucher" le lecteur :  - l'opinion : même si ce type de journalisme tend à disparaître, il reste encore des "sensibilités"  - la notoriété : la vie des personnes célèbres intéressent plus de monde que celle de Monsieur Tout le monde.  - l'inhabituel : un chien qui mort un évêque, ce n'est pas une nouvelle ; un évêque qui mort un chien, c'en est une.  - la vie pratique : tout ce qui a une répercussion sur la vie de tous les jours (démarches administratives, augmentation des prix (surtout le prix de l'essence), impôts...).         

 

LISIBILITE LINGUISTIQUE 

Appliquer les bonnes vieilles règles grammaticales suffit-il pour être lisible ? Autrement dit, suffit-il d'écrire correctement ?  L'écriture journalistique doit être avant tout simple et efficace.  Si l'article est obscur, difficile, ennuyeux, creux... pourquoi le lecteur s'acharnerait-il à le lire jusqu'au bout ? 

Plus le texte est prévisible (moins il est original?), plus il est facilement ou rapidement lu. Anticiper sur ce qu'on est en train de lire dépend de la difficulté du texte :  - la construction syntaxique : les phrases simples et courtes (un sujet suivi du verbe appelle un complément) qui annoncent la couleur.  - la difficulté du vocabulaire : les mots les plus simples, les plus courants et les plus courts sont plus facilement perçus (forme prégnante). 

Tournures des phrases 

Le style journalistique vise la clarté, la précision et la simplicité. C'est pourquoi il utilise plutôt les phrases courtes réunies en de courts paragraphes (fréquents alinéas).  Il faut revenir à la ligne souvent, créer des paragraphes fréquents et s'enchaînant de façon logique et cohérente.  Les textes les plus facilement lisibles pour le grand public contiennent des phrases courtes (15 à 20 mots). 

Formule d'efficacité de F. Richaudeau 

La longueur moyenne de la "sous-phrase" (unité significative de la lecture) est de 15,3 mots (!) mais les écarts sont importants : 9,8 mots pour un texte abstrait lu par un lecteur médiocre 26,2 mots pour un texte "vivant" (notations visuelles et affectives, construction efficace) lu par un très bon lecteur. 

Des phrases courtes!  Voici un exemple caricatural : la concision est poussée à l'extrême, le style est proche du style télégraphique (peu de verbes)  « Bonheur intégral. Légère, immaculée, la poudre tournoie, volette en mille cristaux. Derrière, la trace unique, large, dessine l'ourlet parfait. Tout y est. Courbes arrondies entre les mélèzes. Serpentines serrées au bras d'un vallon. Doux chuintement de la neige qui va. » 

Le lecteur se rappelle en moyenne douze mots par phrase.  - La phrase simple est la mieux comprise : une seule idée par phrase.  - Evitez les phrases longues ou embrouillées  Il vaut mieux deux phrases courtes qu'une phrase longue (plus de 30 mots). Dynamisez le texte! Coupez les phrases trop longues!  - Le lecteur retient mieux la première moitié d'une phrase : placer l'essentiel de l'information au début (phrase ou paragraphe). 

Phrases prédictives/structures prédictives :  Une phrases commençant par "parce que" annonce une explication.  L'utilisation des présentatifs (ce, ceci, cela, voici, voilà, etc.), la mise en parallèle (d'une part / d'autre part), etc. annoncent une suite. "D'une part" doit être suivi par "d'autre part", "d'un côté" par "de l'autre côté"... 

Choix des mots  "Entre deux mots, il faut choisir le moindre" (Paul Valéry)  La langue s'enrichit, sans cesse apparaissent de nouveaux mots (environ 2000 mots ou expressions par an). La dernière édition du Petit Robert s'est enrichie de 5000 mots en dix ans. Inversement, d'autres mots tombent plus ou moins en désuétude. 

Avec 3000 mots on couvre 97 % du vocabulaire usuel  Attention! Il faut distinguer le vocabulaire actif (spontanément employé) du vocabulaire passif (celui qu'on comprend). Un homme cultivé peut utiliser 6000 mots et en connaître jusqu'à 12 000. 

Préférer les mots courts et courants  - N'oubliez pas la tendance naturelle du locuteur à raccourcir les mots (métro, radio, auto, bus, télé...)  - Rappelez vous que les mots longs sont formés de mots courts ("Otorhinolaryngologiste" = oreille-nez-larynx = nez-gorge-oreille)  - Evitez le jargon ou les mots techniques à moins de ne pas pouvoir faire autrement et dans ce cas expliquez-les.  Ex. "hypnotiques, autrement dit des somnifères" 

- Définissez les sigles ou les acronymes :  Il y en a des dizaines de mille et il s'en crée tous les jours (nous vivons au siècle des sigles). Un individu normal (épargné par la "siglomanie) n'en connaît que quelques dizaines  - Préférez les mots courants sans tomber dans les clichés :  un éminent collègue ou collaborateur / un gentil minois / une accorte soubrette / des vérifications approfondies / etc. 

- Attention à l'inflation des majuscules : la majuscule a deux fonctions essentielles (distinguer les noms propres des noms communs et marquer le début des phrases) 

LES CONSEILS D'UN STYLISTE   

« Il n'est point besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois... pour fixer toutes les nuances de la pensée. Mais il faut discerner avec une extrême lucidité toutes les modifications de la valeur d'un mot suivant la place qu'il occupe.  « Ayons moins de noms, de verbes et d'adjectifs aux sens presque insaisissables, mais plus de phrases différentes, diversements construites, ingénieusement coupées, pleines de sonorités et de rythmes savants. Efforçons-nous d'être des stylistes excellents plutôt que les collectionneurs de termes rares... 

« La nature de cette langue est d'être claire, logique et nerveuse. Elle ne se laisse pas affaiblir, obscurcir ou corrompre. »  Guy de Maupassant  Préface à Pierre et Jean 

LISIBILITE D'UN ARTICLE 

Il existe plusieurs formules pour calculer la lisibilité d'un texte. Celle de Richard Gunning a le mérite de la simplicité.  Formule de Gunning  On calcule :  - L, la longueur moyenne des phrases d'un texte (exprimée en nombre de mots par phrase)  - P, le pourcentage de mots de 3 syllabes ou plus ( 4 en français car les mots sont en moyenne plus longs) 

On applique alors la formule suivante :  i = (L + P) x 0,4  (0,4 est un indice pour faire bien)  On obtient ainsi le "fog index" (i) : plus il est fort, moins le texte est lisible. Pour "toucher" le grand public (américain ?), l'indice de lisibilité d'un journal ne doit pas dépasser 12.  La formule de Gunning est un outil commode mais très rudimentaire. Marcel Proust, célèbre pour la longueur de ses phrases, n'est pourtant pas considéré comme illisible.  D'autres formules plus fines (mais elles sont plus difficiles à utiliser) existent : F. Richaudeau fait intervenir la notion de sous-phrase (unité signifiante correspondant à l'empan de lecture)     


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  • Dernière modification: 2018/07/18 09:46
  • par radeff